Emission télé sur l’enjeu du dépistage par la revue d’information italophone Patti Chiari

Film documentaire sur le dépistage du cancer du sein diffusé par Patti Chiari le 26 avril 2019 :

https://www.rsi.ch/la1/programmi/informazione/patti-chiari/Inchieste/inchieste-andate-in-onda/Mammografia-serve-davvero-11683454.html

Patti Chiari est revue hebdomadaire d’information sur les droits des citoyens et des consommateurs, de la télévision publique suisse italienne RSI , et elle a consacré son édition du 26 avril au dépistage du cancer du sein par mammographie.

Présentation du documentaire sur le site  :

Il vaut mieux prévenir que guérir : une maxime populaire ancienne que la médecine moderne emprunte souvent. Beaucoup considèrent la prévention comme le fait de se soumettre à un examen diagnostique qui pourrait détecter une maladie avant qu’elle ne se déclare. Mais anticiper le diagnostic, est-ce vivre plus longtemps ?

Il est important d’en discuter afin de permettre à chacun de faire des choix éclairés.

C’est le cas de la mammographie de dépistage pour le dépistage précoce du cancer du sein : depuis 2014, le canton (il s’agit du canton italophone du Tessin dans le sud de la Suisse NDLR) le propose à toutes les femmes à partir de 50 ans. Un programme de santé publique qui, selon les promoteurs, augmenterait les probabilités de survie.

Mais c’est vraiment vrai ?

Patti Chiari, magazine d’information, analyse de façon approfondie des recherches et des évaluations, parfois contradictoires, des spécialistes. La controverse scientifique est ouverte sur la mammographie de dépistage de masse : des chercheurs illustres affirment même qu’elle serait plus dommageable que bénéfique. Mais sur un point, tous les experts sont d’accord : le dépistage par mammographie comporte des risques que les femmes doivent connaître. Pour le canton, la décision de participer au programme doit être libre et consentie.

Mais comment prendre une telle décision si vous n’êtes pas expert ? Les femmes invitées à participer au dépistage mammographique organisé reçoivent-elles du canton et des médecins toutes les informations nécessaires pour faire un choix conscient ?

Et encore : que se passe-t-il lorsqu’une femme de 40 ans en bonne santé demande conseil aux spécialistes tessinois sur le risque de cancer du sein ? Une envoyée de Patti Chiari est allé incognito dans plusieurs cabinets médicaux de la Suisse italienne en se présentant comme une patiente désireuse de connaître les bénéfices et les risques du diagnostic précoce. Recevra-t-elle des informations correctes ou un test inutile lui sera-t-il proposé ?

Patti Chiari explique ici les avantages, les doutes et les dangers de la mammographie de masse en donnant à deux oncologues de renom la parole en studio : Michael Baum, professeur émérite de chirurgie à l’Université de Londres, oncologue, autorité mondiale sur le thème du cancer du sein et père de la mammographie de dépistage (au début du lancement du programme de dépistage du NHS au Royaume Uni), et à Olivia Pagani, spécialiste à l’EOC ( Institut d’oncologie de la Suisse italophone) du cancer du sein, oncologue et responsable du programme de dépistage du sein du canton tessinois.

Débat

L’émission était articulée autour de deux enregistrements réalisés par Serena Tinari, s’ensuivaient plusieurs discussions en direct sur le plateau.

Il a été question de la balance bénéfice/risque, des biais de devancement du diagnostic par le dépistage, du surdiagnostic, de l’impact sur la mortalité et du problème du consentement éclairé.

L’objectif de l’émission était aussi de se faire une idée quant à ce que les femmes comprennent des informations qui leur sont remises par les autorités de santé dans le cadre du programme de dépistage organisé du canton du Tessin. Dans le cadre d’un test, dix femmes ont donc été interrogées après avoir pris connaissance de cette brochure officielle d’information : six d’entre elles ont répondu par « oui » à la question « La mammographie permet-elle de prévenir le cancer du sein ? ». Ces réponses montrent que les informations diffusées par les organisateurs du programme de dépistage ne leur permettent pas d’apprécier correctement le rapport bénéfice/risque du dépistage par mammographie ni de prendre une décision éclairée.

Le deuxième sujet était consacré à un autre test : une femme de 39 ans asymptomatique et sans histoire familiale de cancer du sein a pris rendez-vous dans plusieurs centres de sénologie de la région, en précisant qu’elle voulait juste s’informer. Elle a été rassurée dans plusieurs centres qui lui ont dit qu’à son âge, elle n’avait pas besoin de faire de mammographie. Dans d’autres, en revanche, on lui a conseillé de faire directement une mammographie et/ou une échographie.

Le plateau en direct a accueilli Michael Baum (chirurgien, professeur émérite, University College London) et Olivia Pagani (oncologue, professeure, Ospedale Regionale di Lugano, Institute of oncology of southern Switzerland). Olivia Pagani a estimé que l’un des avantages du dépistage organisé comme il est pratiqué dans le programme du canton du Tessin, offrait notamment un avantage : celui de permettre aux radiologues accrédités de réaliser et de lire davantage de mammographie, ce qui améliore selon elle la précision des diagnostics. Michael Baum a jugé quant à lui « inacceptabe l’idée qu’on utilise des femmes pour « permettre aux radiologues de s’entraîner à la lecture ». Il a souligné également que le dépistage n’avait aucun impact la mortalité toutes causes confondues et que le surdiagnostic montrait clairement à quel point nous comprenions encore mal l’histoire naturelle du cancer du sein, rappelant que les carcinomes canalaires in situ n’étaient pas les seuls cancers concernés par le surdiagnostic.

La balance bénéfice/risques

Dans l’émission, une information essentielle sur le rapport bénéfices/risques du dépistage a été rappelée aux femmes :

Sur 1000 femmes qui se font dépister pendant 10 ans :

24 auront un diagnostic de cancer du sein

1 décès sera évité. Autrement dit, 999 femmes sur 1000 n’auront aucun bénéfice en termes de mortalité.

De nombreuses recherches soutiennent que le bénéfice du dépistage en terme de mortalité serait plutôt de l’ordre d’une demi-femme pour mille et pour d’autres il serait nul. Dans ce film, Michael Baum, professeur émérite de chirurgie à l’Université de Londres, rappelle que le dépistage du cancer du sein n’a pas d’impact sur la mortalité toutes causes confondues.

200 femmes seront inquiétées inutilement par un faux diagnostic positif

4 femmes seront surdiagnostiquées (c’est le chiffre qui figure dans la brochure du canton du Tessin) et subiront un traitement inutile avec toutes ses conséquences.

L’émission rapporte que d’autres études estiment le surdiagnostic à 7 et non 4 pour 1000 (Cochrane) et même 12 pour 1000 (New England Journal of Medicine).

Pour une femme ayant tiré bénéfice du dépistage , 4 à 12 vies seront gâchées pour rien au nom de la médecine préventive.

Selon Pr Baum, dans une publication de 2013, https://www.bmj.com/content/346/bmj.f385,  les effets nocifs du dépistage du cancer du sein l’emportent même sur le bénéfice si le taux de décès causés par les traitements est inclus dans le calcul (NDLR).

Au total, participer au dépistage revient à jouer à la loterie ou à la roulette russe avec un goût immodéré du risque.

Liens

Grand merci à Catherine Riva, journaliste d’investigation à https://twitter.com/RecheckHealth__pour l’aide à la synthèse de l’émission.__________________

Notre vidéo sous-titrée en Italien est disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=XIT-EcrerGA

Voir aussi cette sympathique animation en 2 minutes pour illustrer la balance bénéfice/risques du dépistage : https://www.facebook.com/watch/?v=2329129337319429

Post Author: Cancer-Rose