Données en France des attitudes chirurgicales pour le cancer du sein

C.Bour, avec le concours de Dr Vincent Robert*, que nous remercions pour son aide et ses éclaircissements précieux apportés.

*Ancien Praticien Hospitalier ; chef de service du département d’Information Médicale pour le groupement du CHR Metz-Thionville ; responsable du département d’Information Médicale des Hôpitaux Robert SCHUMAN au Grand Duché du Luxembourg. Pas de lien d’intérêt .

20/03/2017

 

Nous cherchons à savoir si l’argument selon lequel le nombre de mastectomies totales diminue grâce au dépistage est exact, argument avancé par les promoteurs du dépistage systématique.

 

 

Nous utilisons une base publique( scansante.fr)

Cette base regroupe des données statistiques de ce qui se passe dans les établissements hospitaliers en fonction des facturations des actes effectués. Grâce au PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d’information) on peut mesurer l’activité des établissements de santé en se basant sur le nombre d’actes déclarés en fonction du codage de chaque acte. Ces actes sont répartis selon une CCAM ( classification commune des actes médicaux) et on peut repérer ainsi combien d’actes médicaux ou chirurgicaux ont été effectués, selon le type de l’acte, et par année.

C’est cette base que nous avons utilisée pour les années 2012/2014/2015,  ainsi que des documents sur le site de l’INVS pour les incidences et mortalités des années 2014/2015 où là il s’agit de projections, les bilans définitifs n’étant pas encore connus:  http://bit.ly/2n4Ytvt

Avec tout cela nous avons dressé un tableau Excel recoupant les taux d’incidence (nouveaux cas) des cancers du sein, les mastectomies partielles pour tumeur cancéreuse, les mastectomies totales pour cancer du sein, le total des actes, et la mortalité par cancer du sein.

On retient, pour simplifier, l’année 1997, bien avant le dépistage, et trois années récentes.

 

Que voit-on ?

Les chiffres montrent une nette augmentation du nombre de mastectomies totales depuis le démarrage du dépistage, généralisé en 2004. L’incidence, en augmentant considérablement avec le dépistage, entraîne une explosion du surdiagnostic, et par conséquent une pseudo-diminution en % age des mastectomies totales diluées dans le surdiagnostic. MAIS en chiffres absolus, (encore une fois bien examiner les données brutes), le taux des mastectomies totales augmente.

(l’exemple des oeufs : vous avez 4 oeufs, vous en cassez 2, vous avez 50% de casse ; vous avez d’un seul coup 10 oeufs, vous en cassez toujours 2, mais ça ne vous fera plus que 20% de casse, donnant l’illusion de succès.)

Surtout, ce qu’on aurait été en droit d’attendre, c’est que ce taux, en pourcentage et/ou en données brutes diminuât au fil des années de dépistage. Or, il reste calé aux alentours de 28%.

On a bien révisé à la baisse dans les années 2000 les indications de la mastectomie totale. Mais ensuite avec le dépistage généralisé le nombre de mastectomies partielles et totales non seulement ne diminue pas, mais augmente considérablement, et pour rien, car il y a toujours 11 000 à 12 000 décès/an.

P.S. : Vous noterez que les chiffres des totaux des actes sont supérieurs au taux d’incidence (nouveaux cas annuels de cancer du sein), ceci en raison des interventions liées aux récidives, aux reprises chirugicales, aux cas de tumorectomies initiales secondairement reprises pour élargissement, qui se rajoutent.

 

Un graphique éloquent

Evolution du taux des mastectomies dans le temps (total actes) depuis 1997 à nos jours.

Le PDF complet avec l’évolution année par année, des mastectomies en général et des mastectomies totales en particulier :

évolution des mastectomies en France

On voit clairement sur le graphique supérieur 3 périodes :

  1. De 1997 à 2003 une phase d’augmentation linéaire (probablement plus liée à une exhaustivité croissante du recueil qu’à une augmentation réelle des interventions).
  2. De 2003 à 2011 une phase de plateau sans évolution significative.
  3. De 2012 à 2016 une phase de plateau (ou très discrète augmentation) à un niveau nettement plus élevé.

La différence entre la période 2003-2011 (moyenne = 64 654 mastectomies /an) et la période 2012-2016 (moyenne = 72 617 mastectomies / an) est statistiquement significative (p < 0.001 – test de Wilcoxon).

Graphiques réalisés par Dr Vincent Robert.

Certes on peut arguer que si les mastectomies totales augmentent, c’est parce qu’on opère plus compte tenu d’une incidence qui elle-même augmente progressivement au fil des années de dépistage. Mais néanmoins, lorsqu’on calcule le ratio mastectomies totales/taux d’incidencecelui-ci reste identique ; 0,40 en l’an 2000, 0,38 en 2005, 0,40 en 2012 et 0,38 pour la projection de 2015.

 

Bref

Les mastectomies totales ne diminuent pas.

 

 

 

Post Author: Cancer-Rose