Dépistage organisé du cancer du sein, analyse Dr C.Hill, épidémiologiste Institut Gustave Roussy

Le Dr Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave Roussy, nous livre son analyse de la situation dans la revue Gynécologie Obstétrique Pratique N°295 du mois de mai 2017.

Limiter drastiquement les mammographies avant 50 ans

 

L’épidémiologiste recommande de limiter drastiquement les mammographies avant 50 ans. Pour elle, il faut cesser cette pratique trop répandue en France, qui sort des recommandations actuelles, les inconvénients l’emportant indubitablement sur les avantages pour les tranches d’âge avant 50 ans.
L’auteure rappelle que le dépistage a été promu sur un bénéfice sur-estimé et des inconvénients non mentionnés et non évalués.

 

Deux erreurs majeures

 

Pour elle la première erreur fut de surestimer le risque de cancer du sein. Comme elle le décrit dans un article de 2104 (1), le risque doit être modulé selon l’âge, et dans la mesure où le risque de mourir de la maladie est relativement faible (relativement à son incidence et par rapport à d’autres pathologies cancéreuses plus létales), le bénéfice d’un dépistage est automatiquement moins élevé que ce qu’il est présenté à la population et perçu par les femmes. Le risque de mourir en France d’un cancer du sein, entre 50 et 79 ans est égal à 1,9% en trente ans, soit moins de 1 personne pour 1000 par an.

En face de ce faible bénéfice, la seconde erreur pointée par Dr Hill est que les effets indésirables du dépistage ont été cachés aux femmes, en particulier le surdiagnostic. Il est le fait soit de diagnostiquer un cancer de faible potentiel évolutif (voire régressif), soit de poser le diagnostic de cancer du sein alors qu’il existe une cause compétitive de décès de la personne atteinte de ce cancer, qui fait qu’elle n’en décèdera pas.
Le surdiagnostic selon elle est difficile à évaluer et devrait intégrer dans son chiffrage les carcinomes in situ, toujours traités assez lourdement avec chirurgie et parfois mastectomie totale + chirurgie de re-symétrisation.
Pour l’auteure, il faut rapporter le surdiagnostic au nombre de décès évités par cancer du sein, par tranche d’âge.
Ainsi le surdiagnostic est de 2 pour un décès évité pour les 70-74 ans ; de 4 pour la tranche des 50-69 ans et de 10 pour les 40-49 ans, ceci après un suivi de 11 années.

 

En conclusion

 

D’après cette spécialiste, on pourrait moduler le début du dépistage à 60 ans seulement chez les femmes sans antécédent familial, ayant eu un enfant avant 35 ans, buvant moins de 4 verres d’alcool par semaine, n’ayant pas eu de traitement hormonal de la ménopause, ne souffrant pas d’obésité ni de surpoids (IMC<25kg/m2), n’ayant pas d’antécédent de mastopayhie bénigne, et présentant une activité physique d’au moins quelques heures par semaine.
La manifestation d’Octobre Rose lui semble délétère dans la mesure où la promotion prévaut sur la prévention, par exemple il lui paraît majeur de dire aux femmes que l’alcool est un facteur de risque important de cancer du sein.
Le Dr Hill est d’avis de conserver le système actuel en attendant l’arrivée de meilleures recommandations de prescription de la mammographie de dépistage, et surtout de cesser la prescription de la mammographie avant 50 ans.

 

Commentaire Cancer Rose

 

Nous rappelons que le comité d’orientation de la concertation citoyenne demandait l’arrêt du dépistage, soit purement et simplement, soit son arrêt suivi d’une refonte complète. Il nous semble que ce deuxième scénario, fort opportunément retenu par l’Inca auquel est généreusement octroyé une deuxième chance d’être moins calamiteux qu’avant dans l’information des femmes, a été rendu exsangue par Mme la Ministre Marisol Touraine, qui, avec son plan d’action (2), se dirige vers une « amélioration » du dispositif existant, pourtant inopérant sur la réduction des cancers avancés, alors qu’il faudrait réellement un arrêt complet, une refonte de fond en comble afin de pouvoir concevoir et proposer, puis valider des recommandations tout à fait nouvelles et progressistes.
Mais pour cela il faudrait une volonté de la nouvelle ministre de la santé de ne pas donner un blanc-seing à l’Inca qui a déjà lourdement failli à son devoir d’information honnête, d’avoir le courage de stopper ce dispositif ruineux et délétère, qui rend malade des milliers de femmes, et de confier à des personnes dénuées de tout conflit d’intérêt une réflexion pour une ré-évaluation de la situation précisément en France, pour aboutir intelligemment à de nouvelles recommandations appropriées.

 

(1) Hill C. Dépistage du cancer du sein. Presse med. 2014 mai;43(5):501–9.

(2) https://www.cancer-rose.fr/plan-daction-pour-la-refonte-du-depistage/

Post Author: Cancer-Rose