Débat public sur la pertinence des dépistage par l’Académie de Médecine

Le premier mars 2017 l’Académie de Médecine organise un débat public sur la pertinence des dépistages.

 

http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2017/01/Programme-dépistage-cancers.pdf

En préambule, avant d’aborder le fond de la question, nous constatons qu’au moins trois des quatre personnes animant la discussion autour du dépistage du cancer du sein sont orientées clairement en faveur du dépistage, ce qui fait de cette initiative tout ce que vous voulez, sauf un débat. D’autant que le temps de « discussion avec la salle » se borne à 10 minutes avant le prochain sujet. Le bon équilibre d’un colloque scientifique avec du pour et du contre est déjà sacrément compromis.

Mme Serradour est ce qu’on appelle une leadeuse d’opinion très impliquée dans le dépistage organisé du cancer du sein par la mammographie. Elle a été nommée le 30 avril 2002 par la ministre de la santé de l’époque comme personnalité qualifiée pour le groupe technique du cancer du sein. *(note en bas de page) A ce titre elle a participé à la mise en place et au développement du dépistage du cancer du sein par mammographie dans sa région. Elle est également fréquemment sollicitée par les médias nationaux où elle défend l’intérêt de la mammographie de dépistage depuis de nombreuses années. Plus récemment elle s’y est encore exprimée à la suite de la concertation citoyenne.

Dr Jacques Rouëssé a été Chef de Service de Médecine cancérologique à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif, directeur du Centre anticancéreux René Huguenin de Saint-Cloud et depuis 2001 membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine responsable de la présidence de la Commission « Cancer ». Il s’est exprimé très clairement en faveur du dépistage. **

Et Mr De Bels est responsable dépistage de l’Institut National du Cancer, il n’y a qu’à voir comment est faite la communication autour du dépistage sur le site de l’INCa pour comprendre vers où penche la balance.

 

L’Académie elle-même avait pourtant publié en 2007 le résumé d’un rapport international pour l’évaluation des causes du cancer

 

L’Académie elle-même avait pourtant publié en 2017 le résumé d’un rapport international pour l’évaluation des causes du cancer (analyse de Dr Dupagne à retrouver ici http://www.atoute.org/n/article60.html), dont il ressort …que la médecine et l’activité intempestive de dépistage en sont les principaux responsables !

Le sujet du surdiagnostic, c’est-à-dire ces lésions dont le diagnostic est inutile pour la personne et qui constitue le principal effet délétère du dépistage, est évoqué.

Pages 3 et 8 :

L’accroissement de l’incidence globale des cancers depuis 1980 est, pour la plus grande part, dû au perfectionnement des méthodes diagnostiques et au dépistage qui décèlent des petits cancers très faiblement évolutifs qui auraient pu rester méconnus. Dans les cancers où ce phénomène a le plus joué, l’incidence a augmenté brutalement, tandis que la mortalité restait stable ou diminuait à cause des progrès thérapeutiques (c’est le cas des cancers du sein, de la prostate et de la thyroïde). Pour d’autres cancers, incidence et mortalité ont évolué parallèlement. En général, la mortalité est un indicateur plus fiable que l’incidence pour évaluer l’importance des cancers dans une population.

Les taux d’incidence, après standardisation, ont augmenté de 1980 à 2000 de 23% chez les hommes et de 20% chez les femmes. <….. >L’introduction de méthodes diagnostiques ultrasensibles augmente le nombre de cancers détectés et découvre des petits cancers dont le potentiel évolutif est faible, dont le volume aurait pu rester stable pendant de longues périodes et pour certains jusqu’à la mort du sujet. C’est notamment le cas de la mammographie pour le cancer du sein, du dosage du PSA pour celui de la prostate et de l’échographie pour le cancer de la thyroïde. Dans ces cas, l’incidence est augmentée mais pas la mortalité.

 

Y a-t il encore besoin d’un nouveau débat public ?

Le libellé des questions « débattues » oriente déjà clairement le discours : « des acquis indiscutables : améliorer ? »

Rappelons qu’un débat public citoyen ET scientifique a déjà eu lieu dont nous disposons des conclusions. Le rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne, initiée par Mme la Ministre en 2015 était en faveur de l’arrêt du dépistage, et ce dans ses deux scénarios.

https://www.cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2016/12/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf

Les deux seuls véritables indicateurs d’efficacité du dépistage, on ne le dira jamais assez, sont la mortalité et le taux des cancers avancés. Les données de l’INSEE depuis 1996 nous montrent l’absence de baisse de la mortalité par cancer du sein, et les taux des cancers avancés ne sont pas réduits.

La théorie d’une « épidémie de cancers » ne peut être soutenue au vu de la brutalité de l’envolée de l’incidence (nombre de nouveaux cas) des petites lésions en concordance parfaite avec le moment de l’instauration d’un dépistage de masse.

La survie, indicateur fallacieux constamment mis en avant par les pouvoirs publics ne peut qu’être qu’encourageante de façon trompeuse.

Ceci pour deux raisons : d’abord les surdiagnostics engendrés par le dépistage sont par définition des cancers qui guérissent, n’étant pas des lésions mortelles par essence, et leur détection massive s’apparente à du Dr knockisme à vaste échelle. Le surdiagnostiqué est un homme sain qui s’ignore…

Ensuite, la « survie » mesure plutôt la durée de vie du cancer, ou du sujet en compagnie de son cancer. L’espérance de vie en France chez une femme est de 73 ans ; si elle a un diagnostic de cancer par dépistage à 67 ans elle rentrera dans les statistiques de survie à 5 ans, mais si ce diagnostic est fait plus tard, parce que la femme l’aura elle-même palpé par exemple vers 70 ans, cette femme ne sera pas incluse dans les statistiques de survie à 5 ans. De ce fait, le dépistage induit une illusion d’optique : par l’anticipation de la date de survenue du cancer, on a l’impression d’un allongement de la vie alors qu’il s’agit seulement d’un allongement du laps de temps où la personne vivra en connaissance de son cancer, sans que cela n’influe sur sa date de son décès.

 

On invoque aussi très souvent l’allègement des stratégies thérapeutiques, bénéfice obtenu grâce à une détection précoce. Mais force est de constater que les radiothérapies et chimiothérapies explosent. Le rapport de la CNAMTS 2015 « améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses » inscrit en page 53 : En 2012, sur les 74598 interventions, les tumorectomies représentent 21 % des procédures chirurgicales, 71 % des interventions sont des mastectomies.

 

Ce qu’il faut retenir

En données absolues, les plus rigoureuses méta-analyses (Prescrire, US Task Force, Collaboration Cochrane) mettent en évidence chacune davantage de risques (fausses alertes et surdiagnostics) par rapport aux décès évités. Les meilleures évaluations et études internationales aboutissent toujours, malgré leurs différences méthodologiques, géographiques, historiques (sur des périodes et laps de temps différents), aux mêmes conclusions : un bénéfice très incertain, des risques très avérés et prépondérants.

Et puis c’est tout….

 

 

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http://social-sante.gouv.fr/fichiers/bo/2002/02-18/a0181811.htm

http://www.oncopaca.org/fr/professionnels/depistage/structures/structures-de-depistage

https://destinationsante.com/cancer-du-sein-eviter-le-surdiagnostic.html

http://www.allodocteurs.fr/maladies/cancer/cancer-du-sein/cancer-de-lintervalle-quand-le-cancer-du-sein-echappe-au-depistage_9307.html

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/02/20/10744-cancer-sein-depistage-partir-40-50-ans

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http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/12/15/16477-faut-il-supprimer-depistage-organise-cancer-sein

 

Post Author: Cancer-Rose