Cancer du sein : un peu de technique

Un peu de technique, mais facile à comprendre.

Pour déterminer qu’un test de dépistage est bon, il doit posséder une valeur optimale dans quatre critères qui sont, la sensibilité, la spécificité, la valeur prédictive positive, la valeur prédictive négative.

Pas de panique, nous allons détailler ce que ces termes barbares signifient et comment les décortiquer

A-Commençons par la spécificité :

Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit de la probabilité que le test (ici la mammographie de dépistage) soit négatif quand le sujet (ici la femme dépistée) n’est pas malade.

Or, la spécificité de la mammographie de dépistage n’est pas suffisante, car le test (mammographie) peut-être dans certains cas positif alors que la femme n’est pas malade.

La double lecture, présentée comme gage améliorant du test de dépistage, malheureusement , ne fait que diminuer cette spécificité déjà défaillante de la mammographie de dépistage.

Pourquoi : parce que le deuxième lecteur, lequel ne relit que les mammographies classées négatives par le premier lecteur, ce deuxième lecteur au moindre doute classera la mammographie en positif par peur du risque de « louper » quelque chose, alors que la patiente n’est pas malade.

En d’autres termes, la spécificité, déjà mauvaise de la mammographie de dépistage, est affaiblie encore par la double lecture.

B-la valeur prédictive négative (VPN) :

Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit de la probabilité que le sujet (ici la femme dépistée) soit non malade avec un test négatif.

Or, cette VPN n’est pas bonne, car la femme est parfois malade alors que le test (la mammographie) est jugée normale.

L’IRM est un examen qui permet d’améliorer la VPN ; en effet lorsque l’IRM est négative, on a une très forte probabilité à ce la femme soit réellement non malade. Cela veut dire aussi que lorsqu’on veut vraiment être sûr qu’une petite image douteuse, qui ne nous inquiète pas vraiment, mais ne nous rassure pas complètement (par exemple en raison d’antécédents de cancer déjà présents chez cette patiente) , on demandera cet examen pour nous conforter l’absence de maladie.

Bien entendu, pour des raisons de logistique, des raisons pratiques , de coûts et de risque d’examens inutiles, cette imagerie lourde ne peut être proposée à tout le monde.

C-la valeur prédictive positive (VPP) :

Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit de la probabilité que le sujet (la femme dépistée) soit malade avec un test positif.

Or , assez souvent la femme n’est pas malade avec une mammo pourtant positive.

La VPP de la mammographie de dépistage est très basse, entre 9 et 10%.

Qu’est-ce que cela signifie en pratique ?

Cela signifie que pour une femme pour laquelle la mammographie est jugée positive et à laquelle on réalise une biopsie de l’image incriminée, il y a 90% de chances (100%-10%de VPP) pour que la biopsie ne revienne négative et donc ait été proposée excessivement..

D- la sensibilité :

Qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit de la probabilité que le test (la mammographie) soit positif pour un sujet (la femme dépistée) malade.

Or, il arrive que le test soit négatif, donc que la mammographie soit jugée normale pour une femme réellement porteuse de cancer.

La sensibilité de l’examen mammographique n’est pas bonne. On n’a pas de meilleur examen de dépistage pour les seins pour l’instant, son résultat n’est pas binaire comme pour un test hémocult par exemple (examen des selles à la recherche de sang : oui il y en a ou non il n’y en a pas).

Cette sensibilité défaillante a été l’objet d’améliorations constantes grêce aux avancées technologiques de l’imagerie.

Problème : on sélectionne une foule de petites lésions non dolentes, dormantes, peu agressives, parfois régressives, qui n’auraient jamais mis en danger la vie de la femme (c’est le surdiagnostic : voir catégorie de ce site dédiée au sujet, voir aussi la brochure).

Mais toutes ces lésions vont toutes être traitées, indépendamment du fait qu’elles soient ou non potentiellement dangereuses puisque nous ne savons pas discerner le bon grain de l’ivraie.

La question qui se pose automatiquement : le dépistage étant destiné à des femmes non symptomatiques, a priori saines, quel est l’intérêt de découvrir de plus en plus petites images tant qu’on ne sait pas quoi en faire ? Et cela dans la mesure où les études démontrent que le dépistage n’améliore pas la survie, n’augmente pas la longévité, ne réduit pas les cancers d’évolution rapide et mortels ?

Si on pousse le raisonnement ad absurdum : nous disposerions d’une technique d’imagerie permettant la détection d’une seule cellule cancéreuse dans un sein (c’est ce qui se passe tous les jours dans notre corps : nous fabriquons des cellules malignes que l’immunité parvient heureusement à juguler la plupart du temps) , le jour où cette technique existe, que ferons-nous : ôter le sein systématiquement dès sa détection ?

Post Author: Cancer-Rose