Que fait l’anatomo-pathologiste ?

Que fait l’anatomo-pathologiste ?

Comment fait-on le diagnostic de cancer du sein ?

Tout le monde pense, même au ministère de la santé, que le diagnostic du cancer est fait par le radiologue.

Or pas du tout. Le radiologue voit une masse suspecte, mais il n’y a aucune certitude. Le diagnostic définitif et formel de tous les cancers dans le monde est fait par des médecins, très peu nombreux (moins de 1% des médecins) : les anatomopathologistes, ou pathologistes , spécialistes en anatomie et cytologie pathologiques. Ce sont eux qui lisent les frottis cervico-vaginaux dans le cadre du dépistage du cancer du col utérin, par exemple. Ils lisent aussi les polypes du gros intestin, et ils analysent les biopsies mammaires.

Quand intervient l’anatomo-pathologiste ?

Le radiologue prélève un tout petit bout de tumeur, c’est la biopsie. Après l’avoir déposée dans un liquide conservateur (fixateur), la biopsie est envoyée au centre de pathologie et est « techniquée ». On en découpe (comme du saucisson) une tranche très fine transparente de 3 microns que l’on colore et qui est analysée au microscope. Le pathologiste, en fonction de ce qu’il voit, affirme s’il y a cancer ou pas. Si les cellules ont une apparence suspecte et détruisent tout le tissu normal, c’est malin, c’est un cancer.

C’est un travail difficile qui demande, après les 6 ans du tronc commun de médecine, 5 années de spécialisation…

Après avoir lu la biopsie le pathologiste fait un compte rendu détaillé de ce qu’il a constaté, et il l’envoie au médecin concerné (radiologue, gynécologue, médecin traitant..). Le médecin (radiologue ou généraliste) annonce alors la bonne ou mauvaise nouvelle au patient.

Le patient ne connaît souvent pas le nom de celui qui a lu sa biopsie; pire, il n’a pas le choix du lecteur de sa biopsie. Cela est tout à fait contraire aux principes de libre choix du médecin de notre bonne vieille médecine libérale.

Ce compte- rendu d’anatomie pathologique, qui est rarement communiqué au patient, est strictement nécessaire et obligatoire pour commencer le traitement. Sans compte-rendu anatomopathologique de cancer, aucun chirurgien n’opérera, aucun oncologue ne commencera de chimiothérapie….Par contre le compte- rendu anatomopathologique fait partie du dossier- patient et peut être réclamé par le patient.

Qu’en est-il du résultat de l’anatomo-pathologie par rapport au dépistage radiographique du cancer du sein?

En pathologie mammaire, les mots sont importants. Il y a une grande confusion entre cancer et lésion précancéreuse.

Le cancer, c’est la maladie potentiellement mortelle qui peut disséminer dans tout l’organisme, donnant des métastases.

Les lésions précancéreuses sont des lésions avant le cancer proprement dit qui ne sont pas du tout mortelles, mais qui ont un risque, en général assez bas (10-50%) de se transformer en cancer.

En pathologie du gros intestin c’est simple: il y a le cancer du gros intestin et sa lésion précancéreuse: l’adénome.

En matière de sein, la terminologie est trompeuse : on a le carcinome infiltrant et sa lésion précancéreuse: le carcinome intracanalaire appelé aussi carcinome in situ. La lésion précancéreuse contient le mot « carcinome » qui signifie cancer ! Et de là vient une grande confusion dans le discours.

On vous dit que l’incidence du cancer du sein augmente : cela est faux , en effet ce sont les lésions précancéreuses qui ont énormément augmenté, à cause notamment du fameux dépistage organisé du cancer du sein par mammographie, lequel détecte beaucoup de lésions précancéreuses, en plus des cancers à croissance lente ou même potentiellement non évolutifs, qui n’auraient pas mis en danger la vie de la patiente.

D’où une polémique sans fin….

Que sont et que signifient les différentes lésions ?

Lorsque vous avez un cancer du sein, posez la question à votre médecin: demandez-lui le compte rendu anatomopathologique. S’il s’agit d’un carcinome infiltrant ou d’un carcinome lobulaire infiltrant, alors précipitez- vous vers le chirurgien et l’oncologue , c’est un « vrai cancer » : attention, votre vie n’est pas « foutue » pour autant , car après traitement environ 5 à 8 femmes sur 10 survivent au-delà de 5 ans. Si par contre vous avez un carcinome intracanalaire (ou carcinome in situ) ou un carcinome lobulaire in situ, alors là, prudence , ce n’est qu’une lésion précancéreuse !

Que devez-vous faire, à qui vous adresser ?

En cas de « carcinome intra canalaire », prenez le temps de réfléchir : c’est sérieux mais il n’y pas de risque vital ; vous avez une lésion précancéreuse très semblable à un »adénome » du gros intestin. L’adénome colique n’est pas une urgence. Le carcinome intra-canalaire du sein non plus.

Sachez que les séries tirées d’autopsies montrent que 10% des femmes ont un carcinome intracanalaire ; c’est donc une lésion assez courante , qui peut -mais pas forcément- se transformer en cancer.

La peur est mauvaise conseillère. Après avoir eu l’annonce de la mauvaise nouvelle par le spécialiste, il est préférable d’en discuter avec son médecin généraliste. Prendre du recul peut s’avérer bénéfique. Pour l’instant, si vous vous faites soigner en France vous aller avoir un traitement très agressif, maximaliste. Il y a différents types de carcinome intra-canalaire. Certains médecins américains ne traitent plus pour les carcinomes intra-canalaires de bas grade et préconisent une simple surveillance. En France, malheureusement une telle attitude qui paraît compte tenu des dernières avancées scientifiques assez sage n’est malheureusement pas pratiquée et serait vue comme « révolutionnaire ». Si vraiment vous êtes courageuse et avant-gardiste, en cas de carcinome intra-canalaire de bas grade, il peut être justifié de refuser vous même le traitement chirurgical. Par contre, effectivement, en cas de carcinome intra-canalaire diffus de haut grade il vaut mieux le faire enlever.

Il faut quand-même remarquer que le sein est le seul organe où l’on traite les lésions précancereuses (carcinome intra canalaire) par radiothérapie. Le traitement des carcinomes intra-canalaires par radiothérapie reste extrêmement controversé et dans toutes les études n’a jamais montré de réduction de la mortalité. Il semble donc sage en cas de carcinome intra-canalaire d’accepter la chirurgie mais de refuser la radiothérapie dont le bénéfice-risque (dans le carcinome intracanalaire )est loin d’être parfaitement établi.

Quelle conduite à tenir ?

Eviter le dépistage du cancer du sein, source de surtraitement.

Choisissez avec soin votre médecin et vos conseillers.

Eviter octobre rose et sa propagande mercantile.

N’oubliez pas que le cancer du sein est une industrie particulièrement rentable en ces temps de crise et que beaucoup de spécialités en vivent.

Vivez sans stress et consulter un médecin lors de l’apparition d’un symptôme clinique ou lors de tout changement de votre sein, notamment l’apparition d’un nodule palpable.

source: Is breast cancer overdiagnosis also nested in pathologic misclassification? catherine colin, Mojgan Devouassoux, Francesco sardanelli,Radiology (Impact Factor: 6.21). 12/2014; 273(3):652-5.

DOI: 10.1148/radiol.14141116 http://www.researchgate.net/journal/0033-8419_Radiology

Post Author: Cancer-Rose